Conseils aux proches des seniors en difficulté de conduite

Si un proche rencontre des difficultés lors de la conduite, des conseils peuvent lui être donnés pour améliorer son confort et sa sécurité de conduite, tout en conservant son autonomie et sa mobilité.

Avec l’âge, des altérations physiologiques apparaissent :

  • diminution de l’acuité et du champ visuel et baisse de la vision ;
  • altération de la perception de la luminosité, des contrastes et des couleurs et diminution de la résistance à l’éblouissement  Le temps de récupération d’un œil ébloui augmente avec l’âge. Quand il faut 10 secondes à 25 ans, cela peut mettre jusqu’à 2 minutes chez les plus de 40 ans ;
  • affaiblissement de la qualité de l’audition : discerner les sons et localiser leur origine est plus difficile ;
  • diminution des réflexes et difficultés à se concentrer ;
  • gêne pour certains mouvements.

Ces changements, qui portent essentiellement sur la vision, l’ouïe et la motricité, modifient progressivement l’aptitude à la conduite.

Vous pensez qu’une personne de votre entourage rencontre des difficultés pour conduire

Il n’est pas toujours facile de se rendre compte qu’un proche rencontre des problèmes. Dans la mesure du possible, faites un trajet en voiture en sa compagnie et observez son comportement. Sachez remettre en question sa  capacité de conduite : si des incidents à répétition se produisent, ils peuvent être le signe annonciateur d’un accident plus grave. N’hésitez pas à prendre d’autres avis dans son entourage (amis, voisins, famille, gendarmes, maire, etc.)

Par ailleurs, il est souvent difficile d’en parler. Pour aider un proche à réduire ou adapter sa conduite, la première pierre à poser est celle de la pédagogie. Les personnes concernées doivent prendre conscience que les problèmes de santé, lié au vieillissement ou non, ont des impacts sur la conduite. Le plus souvent, de simples modifications dans les habitudes de conduite peuvent leur permettre de préserver leur autonomie et leur mobilité.

Brandir le spectre de l’interdiction auprès des séniors est contre-productif.
Sylvie Bonin-Guillaume est professeure de gériatrie à l'APHM, membre de la Société française de gériatrie et de gérontologie et membre suppléante au conseil national de sécurité routière (CNSR)

Apprendre à adapter sa mobilité

Dans la plupart des cas, il est possible de pallier les déficiences et d’adapter son comportement à ses facultés de conduite. Cela peut passer par une remise à niveau de la conduite, une discussion avec un professionnel de santé, ou l’aménagement de son véhicule.

Les stages de remise à niveau

Les stages de remise à niveau permettent de faire le point sur son activité de conduite et de revenir sur les évolutions du code de la route.

Dans le cas des seniors, s’ils ont passé leur permis il y a longtemps, un stage de remise à niveau permet de rappeler la réglementation et de se confronter à leur conduite.

Les collectivités territoriales, les associations, les préfectures, les mutuelles ou bien les assureurs proposent souvent ce type de formations, sous la forme d’ateliers.

Certaines écoles de conduite proposent également des formations de remise à niveau (payantes) à destination des seniors.

Réduire sa mobilité en fonction de son état de santé

Il est indispensable pour tout conducteur de veiller à son état de santé, et d’avoir une pleine conscience de ses capacités. Pour cela, il est nécessaire d’aborder le sujet de la conduite avec les professionnels de santé pour vérifier ses fonctions sensorielles (vue et ouïe), cérébrales, sensitives (mouvement, vitesse) et motrices.

Vous pouvez rappeler à vos proches les facteurs de risque et leur conseiller :

  • bien sûr d’éviter l’alcool et les drogues ;
  • d’éviter les longs parcours, les parcours inconnus, les parcours sur autoroutes et prévoir des pauses ;
  • d’éviter les heures de pointe et la conduite la nuit ;
  • de planifier les trajets à l’avance ;
  • de bien vérifier les pictogrammes sur les boites de médicaments.

Pour connaître tous les facteurs de risques et les bonnes pratiques à adopter :

Téléchargez le dépliant « Santé et conduite, posez-vous la question, parlez-en »

Adapter sa mobilité

Si la situation de ce proche pose problème pour la conduite, il est temps de réfléchir à des solutions pour adapter sa mobilité et l’aider au maintien de son autonomie.

  • En ville ou à la campagne, vous pouvez vous renseigner sur les réseaux de transports en commun qui existent et permettent de faire les trajets du quotidien ;
  • Si les réseaux de transports en commun ne sont pas assez développés ou adaptés au seniors, sachez qu’il existe des initiatives locales de réseaux de solidarités pour les déplacements, comme les initiatives CAR 45 et CAR 47 ;
  • Si les modes de mobilités doux (vélos, vélos électriques etc.) sont adaptés, vous pouvez les lui conseiller, en rappelant évidemment les règles de sécurité.

Aménager son véhicule

Des équipements automobiles peuvent faciliter la conduite : boîte de vitesse automatique, direction assistée, réglage électrique des rétroviseurs, etc. Ils permettent de se concentrer pleinement sur la route. Cependant, il peut être parfois difficile de changer ses habitudes.

Et s’il ne vous écoute pas ?

Si vos conseils visant à dissuader un proche n’ont pas été suivis, vous pouvez signaler ce proche au préfet du département.

Affections incompatibles avec la conduite

Si le préfet juge que l’alerte est légitime, il demandera que le titulaire du permis de conduire soit examiné par un médecin agréé expert en aptitude à la conduite. Ce médecin proposera si nécessaire des aménagements permettant de conduire dans de bonnes conditions de sécurité et en toute légalité.

Le contrôle médical d’aptitude à la conduite

Une fois l’avis médical émis, le préfet pourra décider de laisser le permis en l’état, de délivrer un permis de conduire limité (dans le temps ou avec des mentions additionnelles) ou bien de retirer le permis de conduire.

Quel est le rôle du médecin traitant ?

Le médecin ne peut pas signaler un patient aux autorités préfectorales en raison du secret professionnel. C’est la famille ou l’entourage de la personne (facteurs, voisins, forces de l’ordre) qui peut effectuer les démarches, si les conseils d’adapter sa mobilité n’ont pas été suivis.

3 questions à Sylvie Bonin-Guillaume, professeure de gériatrie à l'APHM

« Il est important de distinguer les difficultés liées au vieillissement qui nécessitent dans la plupart des cas une simple modification des comportements (ne pas conduire la nuit par exemple) et celles liées à une pathologie, qui peuvent toucher des personnes de tous âges et qui peuvent nécessiter un arrêt total de la conduite. Le vieillissement n’entraine pas d’incapacité en soi. Il requiert souvent des adaptations dont il est important de parler. Mais il ne s’agit pas de dire aux seniors ce qu’ils ne peuvent plus faire mais bien ce qu’ils peuvent toujours faire !  De plus, les enquêtes auprès des seniors ont montré qu’ils sont parfois très attachés à la voiture. En effet, pour beaucoup d’entre eux, la voiture permet d’être autonome, de rendre visite à des amis, de faire ses courses etc. »

« Lorsqu’un membre de l’entourage se trouve dans la voiture, il peut se rendre compte que la personne qui conduit rencontre des difficultés en situation de conduite. Cela peut être une difficulté à retrouver son chemin, une attitude de stress face à la conduite, ou bien des ralentissements fréquents qui questionnent le confort de conduite de la personne. Dans ces situations, il est important de poser les bonnes questions au conducteur pour aborder le sujet sereinement. »

« Il n’y a pas de recette magique. Brandir le spectre de l’interdiction auprès des séniors est contre-productif. D’une part parce que c’est rarement nécessaire : les personnes âgées qui ne peuvent plus conduire s’arrêtent toutes seules la plupart du temps. D’autre part, parce que la stigmatisation de cette population provoque l’effet inverse : le senior va tenter à tout prix de prouver qu’il est toujours en capacité de conduire. Par contre, poser la question en terme de confort permet une prise de conscience de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l’est pas. Par exemple : « te sentirais-tu à l’aise à l’idée  de faire un Paris-Marseille ? De te retrouver au milieu d’un carrefour compliqué ? Ou bien de faire des trajets de nuit ? » Les réponses à ces questions permettront de cibler ce que la personne devrait éviter et les trajets qui au contraire peuvent être encouragés : les trajets courts, de jour etc. Il faut inciter ses proches non pas à arrêter de conduire mais à conduire différemment. »