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Manon Slomkowski, blessée après un accident à moto, livre son témoignage à la Sécurité routière

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19/03/2015 | A la suite d'un accident de moto l'an passé où elle a perdu l'usage de son bras gauche, Manon Slomkowski a posté une vidéo sur Youtube qui a été visionnée plus de 5 millions de fois en quelques jours, où elle montre comment effectuer les gestes du quotidien après une paralysie du plexus brachial, "la maladie du motard". La Sécurité routière l'a rencontrée et a filmé son témoignage. Celui-ci prend désormais place au côté des récits de personnes qui avaient pris la parole dans le cadre de la campagne de mobilisation pour les grands blessés de la route. Ils sont à retrouver sur la plateforme de mobilisation routeplussure.fr.
Manon Slomkowski, blessée après un accident à moto, livre son témoignage à la Sécurité routière

« Le mur m’a emportée »
 
C’est la fin de journée. Retour de balade après une virée entre amis. Une de ces escapades qui fondent la passion vitale du motard. Une dizaine de bécanes s’engagent dans le tunnel de Nanterre, ce 21 mars 2014. La conduite est tonique mais respectueuse des limitations de vitesse. Un plaisir intact, jusqu’au moment où les amis de Manon Slomkowski bifurquent à gauche. L’hésitation dure moins d’un instant, déjà trop pourtant, lorsqu’elle décide de s’écarter de sa voie pour les suivre. La ligne blanche est franchie, les mains se cramponnent au guidon, le mur la happe : « A 70km/H, l’évitement est beaucoup moins facile, voire impossible. J’ai tout de suite pris le mur, le mur m’a emportée. [...] Voilà, les cinq nerf du bras qui constituent le plexus arrachés de la moelle épinière, donc tout de suite le bras paralysé, voilà. »
 
5 millions de vues sur Youtube et une rencontre avec la Sécurité routière
 
Manon attendra trois mois avant de connaître précisément la pathologie dont elle est atteinte : une paralysie du plexus brachial, souvent appelée à dessein « la maladie du motard ». C’était il y a un an seulement. Un an déjà, est-on tenté de penser, face au chemin qu’a parcouru Manon pour pouvoir parler aujourd’hui, toujours sereine, tantôt avec humour, force ou gravité. Après plusieurs mois d’épreuve, Manon découvre sur Facebook un groupe de près de 500 personnes qui souffrent du même handicap. La parole s’y diffuse, les conseils s’y échangent, les solutions se cherchent ensemble : « Comment tu fais pour manger ton yaourt ? T’as une astuce pour pas qu’il se trimbale ? Comment tu gères la douleur ? » C’est en voulant leur transmettre son expérience que sa parole se démultiplie soudain, quand début mars, elle décide de publier sur Youtube une vidéo en forme de tutoriel où elle passe en revue quelques astuces auxquelles elle emploie son bras droit, demeuré intact, pour effectuer les actes du quotidien : boutonner un jean, nouer ses cheveux, attacher un soutien-gorge, poser du vernis à ongles. L’effet est fulgurant, la vidéo déborde vite le cercle des « plexusiens » - comme ils s’appellent entre eux - et touche plus de 5 millions de personnes, qui partagent en masse l’expérience de Manon.
C’est ainsi, comme n’importe quel internaute que l'équipe de la Sécurité routière a découvert l’histoire et été saisie par le témoignage de cette jeune femme et a pu passer un moment avec elle, pour dialoguer autour de son vécu, des problématiques de la route et de la conduite. Son cas et l’émotion qu’elle a suscité à grande échelle ont particulièrement touché la Sécurité routière, qui lançait début janvier une grande campagne de mobilisation et de prévention sur les blessés graves : 100 nouveaux, chaque jour, sur les routes de France. La plateforme routeplussure.fr, créée à l’occasion, rassemble des témoignages filmés des grands blessés qui avaient accepté de figurer dans le film de la campagne. Aussi a-t-il semblé tout naturel de relayer l'initiative de Manon dans cet espace afin d’encourager son message de prévention et de montrer combien l’action publique doit nourrir ses messages par les mobilisations citoyennes et les témoignages spontanés en faveur de la sécurité routière.
 
Se reconstruire à l’ombre d’une passion
 
"La moto remplissait vraiment ma vie, le matin pour me rendre au travail, le soir, rentrer aussi, les balades avec les amis et puis le circuit le week-end. Voilà, c'était vraiment chargé en moto!"
À quoi l'on se doit d'ajouter la famille de motards dans laquelle a grandi Manon, la concession dans laquelle elle travaillait à vendre des accessoires et à monter des projets de financements dédiés à la moto, ou encore son compagnon qui concourt en championnat. L'accident retentit comme une sentence. Il fait rage mais sans trépas, laissant la tâche à la nouvelle vie de s'accommoder tant bien que mal aux traces de l'ancienne. La passion veut demeurer intacte mais elle devra se pratiquer autrement, la famille et les amis sont là mais tout est à recomposer, le silence s'impose avant de pouvoir redonner de la voix : "Et puis là, on se retrouve sans rien : Plus de possibilités de travailler, plus de moto, nos amis c'est pas pareil forcement parce que moi, toi, tu restes bloqué chez toi parce que tu as mal. Donc c'est un renfermement. Physiquement c'est dur. Psychologiquement c'est dur et voila. Donc au début, c'est vraiment horrible, c'est vraiment horrible."
Face à cette déferlante, aucune projection ne semble possible, la déprime menace d'emporter ce qu'il reste. Pourtant Manon confie que la vie d'après a pris racine dans cette table rase, pas à pas. Elle voit un ergothérapeute, qui au-delà du soin prodigué, parvient progressivement à libérer la parole. La discussion et le langage arment alors la reconstruction. Ainsi devient possible le passage du traumatisme à l'adaptation. Si volontairement, Manon dit fréquenter moins de motards, elle ne rompt aucun lien, la vie et les gens demeurent, c'est son rapport au monde qui est transformé davantage que le monde lui-même : Elle ne peut plus arsouiller sur le circuit mais raconte pendre plaisir à s'y rendre pour voir ses amis rouler. Elle aime parler moto. Elle partage avec son compagnon ses réussites et ses défis. Le regard et la parole sont donc ces forces décuplées pour essayer autant que faire se peut d'étouffer la frustration de ne plus pouvoir tenir le guidon. Enfin, le dialogue constant avec d'autres plexusiens, motards pour le plus grand nombre, tisse ce lien entre la vie normale et les conséquences de l'accident qui s'assument.
 
« L’équipement, c’est primordial »
 
Lors de notre rencontre, Manon apporte avec elle  son casque et le blouson déchiqueté par l'accident, les pose à ses côtés comme des reliques vivantes du message qu'elle semble déterminée à transmettre : "Si l'équipement existe, c'est pas pour rien. Si je pouvais donner un conseil à quelqu'un, forcément c'est plus désagréable, mais c'est la combi, la dorsale, le casque, les bottes, tout."
Le jour de l'accident, elle portait ce casque performant, mais avait laissé sa dorsale chez elle. L’illustration est là, heureuse d’une part et tragique de l’autre, de l’importance de l’équipement à moto. Manon a évité de graves séquelles grâce au port du casque. A l'inverse, le port de la dorsale aurait sans doute protégé ses vertèbres et sa moelle épinière.

Au départ, la vidéo de Manon n'avait pas pour objectif de sensibiliser aux dangers de la route mais elle se réjouit finalement du message de prévention qui a pu passer auprès de ceux qui l'ont vue et partagée : "Si je peux porter la parole des personnes accidentées et si je peux toucher et rappeler un petit peu tout ça aux gens, c'est super."

 
Découvrir le témoignage vidéo de Manon

 

Manon avant l'accident

 

 

 

 

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