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À deux-roues ils ont chuté

Vous aussi partagez votre expérience, témoignez ici

Motards, scootéristes, vos expériences comptent et peuvent faire la différence pour aider à sensibiliser les internautes. Vous avez été victime d'accident de la route à deux-roues motorisés, protégé efficacement par vos équipements ou blessé par absence de protection, racontez votre histoire.

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François Bossuet

François Bossuet

La moto m’a toujours fait rêver… depuis que je suis gamin.

J’adore ça, j’en rêve… je m’imaginais cette sensation de liberté, d’adrénaline, de vitesse… A 22 ans j’achète ma première moto : une 125 cm3, le temps de passer le permis. Le permis en poche, je passe au 600 supermotard, puis au 650 roadster…  Une moto magnifique, puissante.

Ce qui est génial en moto, c’est cette sensation de puissance, de maîtrise absolue de l’engin ; on ne fait qu’un avec la moto, elle devient le prolongement de notre corps, et se soumet au moindre de nos caprices.

Ce sentiment de puissance, cette adrénaline, c’est totalement addictif. Une vraie drogue. Il m’arrivait souvent d’avoir des descentes après m’être shooté, quand je repensais à ma journée après une balade, je culpabilisais devant autant de risques pris, tant d’inconscience me mettait vraiment mal. Puis je recommençais le lendemain. La drogue.

Puis un jour, en rentrant du travail, je roulais tranquillement, j’étais bien, une allure confortable pour moi : pas loin de 2x la limite de vitesse… et oui c’est le problème, en moto on n'a pas l’impression de vitesse, ou la sensation de danger.

Une voiture m’a brusquement coupé la route, et je l’ai percutée de plein fouet. Le choc a été si violent, que je l’ai décalée de 2m sur le côté.

Résultat des courses : fracture du fémur gauche, fracture ouverte du fémur droit, fracture de la hanche droite, fracture du bras gauche, de la main droite, traumatisme crânien, œdème cérébral.

Ça c’est que le début… viennent ensuite les 8h d’opération (1 plaque vissée sur le fémur droit, un clou dans tout le fémur gauche, un dans la hanche, des broches dans le poignet, deux atèles, 69 agrafes), 3 jours de réanimation, 2 poches de sang transfusées, une semaine d’état de choc, 6 mois en interne en centre de rééducation. Le fauteuil électrique, puis manuel. Puis une nouvelle opération de presque 6h, en raison d’une mauvaise consolidation à la jambe droite… je gagne une nouvelle plaque vissée avec en prime une greffe osseuse (et donc une ouverture au bassin).

3 mois d’internat en rééducation plus tard, je passe en hôpital de jour, en béquilles. 3 mois plus tard, je repars au boulot en boitant. 1 an plus tard, nouvelle opération pour m’enlever une partie du matériel.

Bilan de l’opération : 16% d’incapacité permanente (impossible de rester debout plus de 30 minutes, course limitée, douleurs dans tous les sens, de l’arthrose en prévision bien avant l’âge, des tendons qui risquent de lâcher avec l’âge)… On y ajoute les quelques séquelles neurologiques comme la modification de mon tempérament, et les troubles de l’attention soutenue, qui provoquent des problèmes de mémoire.

Sincèrement, depuis ce crash, j’ai gagné en maturité, j’ai grandi d’un coup dans ma tête… je ne vois plus la vie de la même façon : j’ai conscience que le danger n’est pas que pour les autres, il peut nous toucher nous motards à n’importe quel moment.

Quitte à jouer à la roulette russe, autant mettre le moins de balles possibles dans le barillet, c’est toujours ça de gagné … ça passe par de l’équipement, et une conduite raisonnable sur route ouverte.

Pour manger le bord des pneus et user les sliders, il y a la piste. Ça ne vaut pas le coup de mourir pour ça, ou de finir handicapé. Je me considère comme un miraculé, j’ai visiblement une bonne étoile.

En un an de rééducation, la plupart des gens que j’ai croisé n’ont pas eu ma chance : la plupart sont amputés, paralysés, ou n’ont pu conserver qu’une petite partie de leurs fonctions neurologiques… Je ne me suis plus jamais plaint. Alors s’il vous plaît, amis motards, n’attendez pas de vous faire arracher un membre ou de voir tomber (dans le sens mourir) un proche pour prendre conscience que vous jouez avec la vie, la santé.

10 minutes de route à faire, je connais le trajet par cœur, la flemme de me changer je reste en short tee-shirt, claquettes, ça va passer ?? Non, c’est totalement débile !! s’il y a une chance sur des milliers ou même des millions que vous perdiez la vie ou que vous finissiez estropié, c’est une chance de trop, un risque qui existe !

Peu de gens ont ma chance, cette bonne étoile. Je ne garde que d’affreuses cicatrices sur tout le corps, un traumatisme à vie, et quelques séquelles. D’autres sont morts pour moins que ça. Alors prenez conscience de la valeur de la vie. Pensez-y.

Motards, scootéristes, équipez-vous ! Testez le niveau de protection de vos équipements.

Ministère de l'intérieur